Basketball Interview Street

Interview de Vincent Mbassi, Fondateur de Kameet Basketball

Vincent Mbassi, à droite accompagné de Boris Diaw et de son fils Ati.

Ces derniers temps, nous avons eu l’occasion de pouvoir interviewer Vincent Mbassi, coach très actif dans le milieu du basket bordelais. Ce dernier revient sur son parcours, avec un accent sur tout ce qu’il a pu développer à travers son expérience, que ce soit au niveau des événements, que des joueurs qu’il a formé. Pour ces derniers, on pense surtout à Boris Diaw, joueur NBA évoluant aux Utah Jazz, et capitaine l’équipe de France de Basketball. Mais ce sera aussi l’occasion de parler de la situation du basket-ball dans son pays natal, et des nouveaux talents qui émergent aussi bien dans son pays, que dans sa propre académie de basket-ball.

JJ : Pouvez-vous nous parler de votre parcours en tant que joueur et coach?

VM : J’ai été éduqué dans une institution religieuse au Cameroun (dont je suis originaire), une expérience qui m’a façonné : présence d’enseignants venant du monde entier, foisonnement d’activités extra-scolaires (sport, musique, scoutisme …), et valeurs fortes d’échange et de partage.
Arrivé à Bordeaux pour étudier, le basket a été tout d’abord un loisir universitaire.
Comme nous étions un groupe d’étudiants d’origine africaine, qui restait pendant l’été sur le campus, nous avons créé les ‘Black Stars’. Nos regards étaient alors tournés vers la NBA, la pratique des moves, et des dunks (alors interdits en France).
Nous avions monté un show dans l’esprit des Harlem Globe Trotters, et nous nous produisions dans la région bordelaise. Nous avions conscience que nous détenions un potentiel pour jouer à très bon, voire haut niveau, mais la pression familiale exigeait que nous nous focalisions sur les études.
Après celles-ci, j’ai commencé par coacher peu à peu toutes les catégories, dans des clubs de l’agglomération bordelaise (filles, gars, de l’école de basket à seniors).

Certains anciens des Black Stars ont continué à jouer, notamment pendant l’été, sur les playgrounds de Pessac. C’est alors que des bambins du quartier, répondant aux noms de Boris Diaw, Mehdi Labeyrie ou David Condouant, se sont joints à nous pour des parties endiablées et interminables, allant parfois de 14H à 22H en été. C’est ainsi que j’ai commencé à les former.

JJ : Pouvez-vous nous parler des kameets? En l’occurence, quand cela a commencé, et l’influence que cela a eu sur le basket bordelais?

VM : Kameet Basketball est né en 2003, alors que Boris Diaw venait d’être drafté par l’équipe des Atlanta Hawks.
La page ‘Black Stars’ se tournant, il était donc temps pour moi de concrétiser un projet qui mûrissait depuis quelques années.
Le quartier Saige, une des plus grandes cités de l’agglomération bordelaise, cotoie le campus de Pessac, un des plus grands d’Europe. Kameet a tout d’abord eu comme vocation, par le biais du basket, d’établir un pont entre les deux, d’être un lieu de partage sportif et, plus largement, de partage humain.

L’impact qu’a eu Kameet sur le basket bordelais est considérable. Je peux dire que tous les basketteurs bordelais qui ont accédé au plus haut niveau sont passés, plus ou moins longtemps, par Kameet. Et d’autre part, notre association a participé activement à l’éclosion des événements basket à Bordeaux, comme notre Game Day annuel, ainsi que le All Star Game de Mérignac, ou le Sky Park, pour ne citer qu’eux.

JJ :  Pouvez-vous nous donner quelques noms de joueurs célèbres, parmi les kameets?

 

VM : Tout d’abord notre parrain, Boris Diaw. Puis d’autres joueurs, comme Mehdy Labeyrie (Badalone, Limoges, Pau, Gravelines …), David Condouant (Pro A et Pro B, MVP de pro B une année), ainsi qu’Ahmath M’Baye (NCAA1, Japon, Summer League NBA, 1ère division italienne), Thomas Ceci-Diop (Pro B), et d’autres joueurs de haut niveau, comme Pierrick Moukenga, Babacar Diouf, Alex Bia, Martin Diaw, ou le regretté Charles Sibetcheu.
N’oublions pas non plus Doc Ben Owona, MVP du Quai 54. Concernant ce dernier, il a permis aux JSA de Bordeaux, avec d’autres joueurs comme Francois Preira et Sami Driss, d’accéder à la pro B. Il a ensuite joué a Nantes et, autant que je me souvienne, c’est le seul joueur que je connaisse qui ait pu suivre des études supérieures, notamment médecine, tout en pratiquant le sport à haut niveau.
Il y a aussi des joueurs professionnels de premier plan qui s’entraînent régulièrement avec Kameet. Je pense à Moustapha Fall (un des meilleurs joueurs de Pro A cette saison), Michaël Mokongo (Chalon, Gravelines, Espagne…), ou Yannis Morin (Pro).

Enfin, la liste des participants à nos différents Game Day donne le vertige : Tony Parker, Steve Nash, Nicolas Batum, Leandro Barbosa, Ronny Turiaf, ou Thabo Sefolosha, pour ne citer qu’eux.

JJ : Vous avez été le premier coach de Boris Diaw. Comment ce dernier était-il en tant que jeune basketteur? Saviez-vous à l’époque qu’il aurait un avenir doré?

VM : Avant tout, Boris s’est distingué par son comportement. Enfant adorable et appliqué, il était également déterminé, et toujours partant pour s’entraîner avec acharnement. Il a de suite été dans la polyvalence, le « team spirit », cherchant à rendre les autres meilleurs par sa vision du jeu, ses passes, et bien d’autres atouts.
J’ai rapidement eu la conviction que Boris pouvait s’imposer au plus haut niveau. A l’époque, je lui disais « tu seras le futur Magic Johnson », et je me faisais traiter d’utopiste, notamment par sa maman ancienne internationale de basket. On en rit maintenant.
De 6 à 11 ans, Boris a joué uniquement avec moi. Puis il a enchaîné les expériences de formation(Talence, Pessac, JSA Bordeaux, INSEP…), tout en continuant à s’entraîner avec nous quand il le pouvait.

JJ : Pourriez-vous nous parler de l’Académie Kameet?

VM : Kameet Basketball Academy s’adresse à ceux qui ont la capacité et l’ambition d’atteindre le haut niveau. Ce programme leur permet de se préparer de la meilleure façon possible, sans se fixer de limites.
La valeur ajoutée de KB, sans équivalent en France, est de permettre à ses membres de bénéficier d’une méthode globale d’entraînement, alliant le meilleur des pratiques américaines et européennes, tant sur le plan basket que sur celui de la préparation physique.
Un cap a été franchi à l’automne 2014, avec la mise en place d’une structure d’hébergement à l’année. Jusqu’alors, Kameet Basketball n’assurait un hébergement que l’été, lors de ses camps au C.R.E.P.S.S. Aquitaine, et ce depuis 2004.
KB Academy est d’ores et déjà une référence, reconnue par la Fédération Française de Basket(les relations sont étroites, et ne font que se renforcer), les Centres de Formation de clubs de Pro A, et même à l’étranger, par des acteurs majeurs du basket universitaire américain.

JJ : Nous souhaiterions en savoir plus sur les camps Kameet.

VM : Les camps d’été, dont nous avons été les précurseurs en France, sont un temps privilégié de Kameet Basketball.
On y trouve pendant tout l’été l’excellence de l’Academy, mais dans un esprit d’ouverture à tous. Si nos camps d’été sont réputés, c’est en effet parce que il y a dans le code ADN de Kameet, le plaisir d’être ensemble et de partager, dans la bonne humeur et souvent l’humour. Les participants aux camps soulignent cet esprit, cette ambiance « Kameet Family » où chacun est reconnu, valorisé, et ce également pour les qualités extra-sportives.

A ceux qui veulent rejoindre l’aventure, qui que vous soyez et quel que soit votre niveau, nous vous attendons avec plaisir. Soyez assuré que Kameet va réveiller le joueur qui sommeille en vous !

JJ :  Quelle place occupe le Streetball à Bordeaux?

VM : Une place importante, Kameet en ayant favorisé l’émergence, en contribuant à la réussite des installations Saige Park, et des terrains éclairés 24H/24H des quais de Bordeaux.
Le NBA Basketball Challenge, parrainé par Tony Parker, a marqué en son temps les esprits. Kameet en a d’ailleurs gagné la première édition.

JJ : Aujourd’hui, le JSA Bordeaux se retrouve bloqué à un niveau de N2. Cela surprend, pour un club aussi important. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui s’est passé?

VM : Autant Kameet fait en sorte d’avoir un projet de développement personnel de tous les jeunes (quel que soit leur niveau de départ et leurs capacités), autant les JSA Bordeaux sont dans l’entre-soi d’un certain milieu social, de certaines familles. C’est confiné, ça manque d’oxygène, et les résultats en pâtissent naturellement!
Malgré les espoirs suscités par l’arrivée de Boris Diaw à cet égard, force est de constater que rien n’a changé.
Je pense que Tony Parker a davantage mis son empreinte personnelle à l’ASVEL, s’est davantage impliqué humainement, et ce avec ses proches collaborateurs. Dommage pour la JSA Bordeaux.

JJ : Quel regard portez-vous sur le basket camerounais en général, ainsi que sur le joueur NBA Joel Embiid?

VM : Pour parler du basket camerounais, il faut d’abord évoquer la singularité du Cameroun en Afrique. On dit du Cameroun que c’est l’Afrique en miniature, concernant les milieux naturels, les climats, et ses morphotypes humains. On trouve ainsi beaucoup de personnes de grande taille, également très puissants physiquement. Le réservoir d’athlètes est donc inépuisable!
Malheureusement, pour ce qui est du sport camerounais, les infrastructures sont presque absentes. Par contre, il existe un ‘fighting spirit’ très fort, un culte et une culture de la victoire chez les sportifs camerounais, ce qui est à l’origine de nombreux titres continentaux remporté par des équipes de sport collectif camerounais.
Concernant Joël Embiid, c’est un monstre athlétique! Ce basketteur n’aura d’autres limites que celles que lui imposera son corps, avec sa tendance aux blessures, et son mental. Il a tout pour marquer l’histoire de la NBA, et peut être figurer un jour au Hall of Fame!

JJ : Parmi les jeunes que vous entrainez à l’heure actuelle, y aurait-il des futurs prospects, pouvant arriver à un haut niveau?

VM : C’est une grande joie pour moi que de pouvoir répondre oui, et plus que jamais !
Rendez-vous compte, une structure associative de petite taille, sans subventions, sans aide financière, qui voit 6 de ses membres sélectionnés par l’INSEP en quelques années !

Quelques news ‘en vrac’ de nos jeunes pousses prometteuses, dont la plupart sont en Equipe de France dans leur catégorie :

Elie Okobo a explosé à Pau en Pro A cette saison et va se représenter à la Draft NBA en 2018.
Démarrent en NCAA1 dans des équipes de top niveau : Joël Ayayi (Gonzaga), Olivier Sarr (Wake Forest).
Timothée Bazille intègre le roster de Pro A de Limoges.
Alors qu’il lui reste une année de high school à faire aux USA, Joshua Mbala est approché par des équipes de Pro B et de grandes universités de basket.
Sasha Tuilliez va évoluer à Pau en U 18.
Enfin, ses 2 pensionnaires fanions l’an passé vont quitter Kameet Basketball Academy, et ce par le haut : bravo à Ivan Ouedraogo (INSEP) et à Ousmane Gueye (Sunrise Christian Academy, Kansas).
N’oublions pas les filles !
Sarah Chemati, championne du monde basket 3 x 3, est sollicitée par de très bonnes universités américaines.
Chanel Noah, après 2 ans de basket, est une des intérieures les plus prometteuses en France.
Astrid Benedetti brille en équipe de France et entame sa dernière année au Centre de Formation de Bourges.
Camille-Awa Baud, championne du Texas en High School, intègre Cloud County College (Kansas).

L’ensemble de ces joueuses et joueurs peuvent atteindre le plus haut niveau professionnel, si l’on exclut les impondérables tels que les blessures, le facteur chance, et d’autres.